Rites d’aquarelle

La corde rouge se lève, amarée par un lourd fauteuil en bois sculpté. On entre dans l’espace de présentation des objets, c’est un cabinet de
curiosités, c’est un musée. Une récolte. Le geste de couleur est venu se poser, rite lent et méditatif, sa trace. La pâte pigmetée, qui ne craquelle pas encore, reste comme pluie dans les creux
offerts par les pierres couchées. Geste funéraire, action en caresses des mains du passé qui ont sculpté. Liquide venant dans les porosités, épousant la surface cachée. Dans les vasques le bloc
d’aquarelle en attente, posé. Offrandes. Sur l’autel les empreintes digitales, le toucher de désir, sur la cloche en verre aussi vers les métaux fondus endormis. Le cri est silencieux et n’est
plus que marionnette vide. Les caisses du voyage viennent d’être ouvertes et découvertes et touchées. Dans une de ces caisses il médite seul et invente des parcours lumineux dans l’espace à
présent vide. C’est un pont entre vestiges et lumières agressives d’aujourd’hui. Lumière du jour passé s’effaçant et révélant dans la trace photographique les objets du rite. Farandole à la vie
morte.

Sarkis, Les trésors de guerre sont-ils sacrés ?, galerie Jean Broly.