Animal de compagnie

Du côté de l’évanescence une bête se nourrit des poussières restées, de l’humus résiduel et d’un sable croquant. Elle a la langue râpeuse et se hâte de finir son repas. Demain la même pâtée la rendra frémissante. Sous son poil ses os forment un squelette ; elle a une forme ; forme inconnue de tous et d’elle-même. C’est un cercle parfait, ou un segment de deux mètres. C’est une ligne dont on ne mesure pas la largeur. C’est un rectangle aux angles donnés. Elle gargouille pour avaler.
Tout ce qu’elle capte se trouve sur l’extrémité gauche, le reste traîne, dans le sens de la lecture. Tout le jour et la nuit elle se renifle et se gratte. Elle se mesure et divise chaque unité par dix, ceci dix fois, puis elle recommence. Elle définit des directions pour le haut et le bas, qu’elle se promet de tenir, puis elle les oublie.
Son repas est régulier, entre des laps de temps qui sont des jours et des nuits ou les deux à la fois.