{"id":178,"date":"2006-11-07T00:00:00","date_gmt":"1999-11-29T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/ipazie.over-blog.com\/article-4459675-6.html"},"modified":"2006-11-07T00:00:00","modified_gmt":"1999-11-29T23:00:00","slug":"parcourir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.florencegirardeau.org\/blog\/2006\/11\/parcourir\/","title":{"rendered":"Parcourir"},"content":{"rendered":"<div>Parmi les grottes, une est inaccessible, on peut voir de loin que des salades ont pouss&eacute; au sol, que les murs ont des mousses, qu&rsquo;elle suinte. Je m&rsquo;engouffre dans la haute grotte comme une longue fente vers le ciel. C&rsquo;est la grotte des &eacute;chos, celle o&ugrave; la voix de dieu surgissait et p&eacute;trifiait les d&eacute;sob&eacute;issants. Profonde, on y p&eacute;n&egrave;tre et entre deux parois proches qui forment une vo&ucirc;te en biseau, on cherche le fond. L&agrave; o&ugrave; les murs finissent par se rejoindre et refermer l&rsquo;espace, la largeur augmente l&eacute;g&egrave;rement, pour former une douce ar&egrave;ne. Les enfants inform&eacute;s par leurs parents des fonctions utiles de cette grotte testent sa r&eacute;putation et lancent leurs cris. Cri qu&rsquo;on n&rsquo;ose &agrave; peine pousser, intimid&eacute;, curieux et joueur mais gagn&eacute; par la prestance des murs humides, insensibles, indiff&eacute;rents, d&rsquo;un autre temps. Cri de test.<\/p>\n<p>Le m&ecirc;me cri pouss&eacute; dans les draps dans l&rsquo;espace court entre deux murs fins, dans cet espace satur&eacute;, dans cet espace &eacute;cras&eacute; par la masse des habitants compress&eacute;s autour. Le bruit de la porte pour aller pisser emplit tout l&rsquo;espace. Mourir d&rsquo;amour. Abe Sada, Abe Sada, tes petit cris supplici&eacute;s, Abe Sada sans lui. Le bruit de ma respiration &eacute;touff&eacute;e essouffl&eacute;e dans les rues de midi, les oreilles derri&egrave;re les volets concentr&eacute;es sur cette respiration qui passe, les rues vite reconnect&eacute;es, petite ville, petit p&eacute;rim&egrave;tre, une &icirc;le, les remparts, les vagues sans baignade, les airs conditionn&eacute;s.<\/p>\n<p>Pour atteindre les grottes, l&rsquo;amphith&eacute;&acirc;tre, les enclaves dans la roche, longer la route &agrave; grande vitesse, la station essence, reconfigurer un trottoir fictif, faire le d&eacute;tour n&eacute;cessaire pour le passage pi&eacute;ton, laisser l&rsquo;instinct aller dans la bonne direction. Les touristes viennent en car. L&agrave;, choisir son aire de visite : le mus&eacute;e, ou les jardins ? Les grottes ou les vestiges ? Longer les stands de souvenir : amphores en toc, sir&egrave;nes en pastique, horloges suisses. Et derri&egrave;re les arbres, voil&agrave; l&rsquo;amphith&eacute;&acirc;tre, et ses chiens. Une meute de chiens pel&eacute;s, hauts d&rsquo;un m&egrave;tre, des couleurs fauve et noir, du marbre, des blessures infect&eacute;es. Les femelles ont des mamelles gonfl&eacute;es et atrophi&eacute;es par des cancers, elles sont &eacute;tal&eacute;es par terre, l&rsquo;immobilit&eacute; en lutte contre la chaleur du soleil. Les m&acirc;les, inquiets, se couchent et se l&egrave;vent, grondent, longuement, tournent leurs t&ecirc;tes &eacute;normes. Des chiens divins, des chiens &agrave; hauteur de fauve et &agrave; caract&egrave;re de hy&egrave;ne. Ils surveillent les visiteurs de ce territoire de vestiges, eux qui le consid&egrave;rent comme leur territoire, l&agrave; o&ugrave; leurs port&eacute;es se terrent et l&agrave; o&ugrave; ils ont r&eacute;pandu leur odeur, leur urine, leurs traces dans la terre s&egrave;che et ocre.<\/p>\n<p>Ces hommes perdus sur les plateformes des m&eacute;tros, en stationnement au milieu de leurs humeurs putrides, de leurs derniers haillons dans des sacs &eacute;ventr&eacute;s. La jeune fille passe, jupe en l&eacute;vitation sur des jambes fines, elle enl&egrave;ve son pull en levant ses bras et ses seins, laisse &eacute;clater la lumi&egrave;re de ses &eacute;paules dans un grand mouvement de chevelure parfum&eacute;e. Sur le quai d&rsquo;en face. Le train en vacarme mange son image.<\/p>\n<p>Ces chiens. Les b&ecirc;tes qui prolif&egrave;rent dans le sanctuaire du tourisme ; les autobus de visite guid&eacute;e. Les pierres align&eacute;es, empil&eacute;es, des gradins, entre elles poussent des herbes s&egrave;ches &eacute;ph&eacute;m&egrave;res. Le parcours fl&eacute;ch&eacute; est bord&eacute; de cordes rouges, au centre, l&rsquo;ar&egrave;ne est solitaire, d&eacute;sert&eacute;e par ses fant&ocirc;mes, les vents en petits tourbillons, on prend des photos derri&egrave;re la corde rouge. <\/p>\n<p>Le d&eacute;sert o&ugrave; l&rsquo;on s&rsquo;arr&ecirc;te, apr&egrave;s quelques kilom&egrave;tres sur cette route rectiligne qui le traverse, au bord de cette route, un homme vend des roses des sables. Le car repart.<\/div>\n<div class=\"clear center\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parmi les grottes, une est inaccessible, on peut voir de loin que des salades ont pouss&eacute; au sol, que les murs ont des mousses, qu&rsquo;elle suinte. Je m&rsquo;engouffre dans la haute grotte comme une longue fente vers le ciel. 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