Archives de catégorie : Les lieux défaits

La courbe de taille du carnet de santé

Des humeurs, et une colonne vertébrale plate, la chaleur de l’orage avant l’orage, lent, un ventilateur qui remue l’air mollement. La fatigue de l’agitation dans le vide, muscles faibles, matière visqueuse du cerveau, gonflé de vide contre les os du crâne, face interne, les genoux non déliés aux articulations, comme si les os grandissaient encore un peu vite, alors que, pourtant, il n’est plus temps.

Rue

40 mètres de haut, des rafales d’eau s’éclatent sur le bitume, on entend comme la vague des villes, quelqu’un pousse la flotte par le bord. Une bande magnétique pendouille d’une branche à l’autre d’un arbre à l’autre elle n’arrête pas de frintiller. Un gars saoûl braille et chante, 5 secondes. On attend tout le temps que les moteurs arrêtent de passer dans nos oreilles. Quelqu’un a encore oublié d’éteindre la lumière dans l’école, une longue fenêtre. Ciel mauve nuit. Il y a aussi un T-shirt dans l’arbre. Les fenêtres de mes voisins reflétées dans les vitres en face. Quelqu’un a ouvert une boîte à outils.

Ca ne va plus comme ça : comment mettre une cédille au C majuscule ?

À changer : ce qui est à brouiller, bousculer, noyer ou renverser, cet état des mots, ce flux, ce canal qui se règle sur sa fréquence et s’huile bien de toutes parts et semble s’articuler hautement, il va falloir le casser et lui donner sa mort et le donner en bataille en pâture à une autre chair une autre voix, un autre cri. Comment, de lui, à partir de son articulation, le disséminer, comment l’arracher à ce moelleux qu’il s’est donné, comment lui donner des coups à ce qu’il en ait la gueule qui s’ouvre, les muscles de la mâchoire étirés et comment cette gueule même faire que d’elle même elle se disloque et se répande, comment rendre le chaos au phrasé trop poli par le courant. Voilà le programme auquel l’écriture va tenter d’échapper, et voilà ce qui va n’être plus la même difficulté, voilà ce qui fait vomir avant et ce qui sera à faire angle de pierres diverses aiguisées entre elles. Voilà ce qui redeviendra bancal, indéfini, cherchant, là où le pied dérapera sur le bord, et le vide, et ce bord et ce vide de quoi le faire, de quelle importation et de quelle violence il viendra, par où, il ne faut plus se satisfaire, ne jamais jamais se satisfaire toujours tout re-jeter.

Ce qui passe

On aperçoit au loin les silhouettes qui se dessinent à leur passage dans la lumière artificielle / puis ces passages que la lumière sculpte disparaissent à nouveau dans l’ombre / Certains frôlent l’espace éclairé / les rayons soudain matérialisent leur épaule / en un instant encore plus court / L’image qui se fixe ne résiste pas longtemps / On oublie ce qui se meut dans l’espace inter-électrique / ce que les capteurs aveugles laissent à l’oubli / On évite la matière frémissante pour ne garder que le mouvement clairement dessiné / Ce qui tremble doit être maîtrisé / Mais ce qui est attendu, mouvement, se fixe là cristallisé / le cône de lumière s’est solidifié, le flux n’y passe plus / et pourtant devra nécessairement y passer / Vous attendez, toujours, que quelque-chose se passe / qu’un événement se produise / et pourtant si cette image se meut ce n’est que ce mouvement / ce n’est que cette multiplicité / ce n’est que ce mirage mouvant / et cherchez maintenant, regardez maintenant / Rien n’est représenté ici / vous voyez cette cristallisation / une lumière cristallisée ou zone blanche dite ainsi car se différenciant d’un noir ondulant / une ombre qui n’est l’ombre de rien / qui est seulement ombre car elle n’est pas la lumière / vous voyez ainsi ce qui se meut ou peut-être ne voyez vous rien / rien qui se meuve, sinon votre reflet / vous n’entendez, ne discernez rien / votre respiration par moments.

Animal de compagnie

Du côté de l’évanescence une bête se nourrit des poussières restées, de l’humus résiduel et d’un sable croquant. Elle a la langue râpeuse et se hâte de finir son repas. Demain la même pâtée la rendra frémissante. Sous son poil ses os forment un squelette ; elle a une forme ; forme inconnue de tous et d’elle-même. C’est un cercle parfait, ou un segment de deux mètres. C’est une ligne dont on ne mesure pas la largeur. C’est un rectangle aux angles donnés. Elle gargouille pour avaler.
Tout ce qu’elle capte se trouve sur l’extrémité gauche, le reste traîne, dans le sens de la lecture. Tout le jour et la nuit elle se renifle et se gratte. Elle se mesure et divise chaque unité par dix, ceci dix fois, puis elle recommence. Elle définit des directions pour le haut et le bas, qu’elle se promet de tenir, puis elle les oublie.
Son repas est régulier, entre des laps de temps qui sont des jours et des nuits ou les deux à la fois.

Sophie

Je la cherche dans les paperasses perdues de ma mémoire. Je la cherche et j’espère ainsi la retrouver, elle surgira à ce moment, exactement. J’assemble les lettres pour former son nom, mais celui qui m’apparaît n’a rien d’elle, je recommence et c’est toujours ce mot factice. Je la cherche pour refaire ce que j’ai pu mal faire, à ce moment, défaire le déroulement que peut-être j’ai enclenché. Mais son nom toujours m’échappe.

Droite

Droit au mur, en rival rectiligne, tracé, lancé, cible en vue ! Des galçons sur les omoplates, refroidir cette blessure dressée autour, cube. Aux angles la poussière. Rien ne traverse, blackout, huit surfaces, les omoplates en haut. Mute, bourdon, les atomes, chaque os touche la chair. Du bordel ou rien. Tout doux.

Vanité 6

Ce qui bouille, là, ce qui tremble au milieu de moi, ce qui se spasme comme l’envie lui vient, s’endort, au bord, indigeste et diffusant, latent, à refroidir. Son image en retard de quelques centimètres d’espace, dédoublé, transparent, poussière. Sa putride existence, c’est moi, son pourrissement lent, sans arrière-pensée, sans volonté, rien qui ne dit rien, rien à faire. Diamant.