Archives de catégorie : Les lieux défaits

La plaine

Rien de doux encore, à l’attente disposée, chênes qui perdent.  Dormance d’hiver, commencer à préserver ce qui commence à se décrépir.  Ce qui
s’effiloche les lieux peut-être et ne plus savoir entre quelques éclairs ce que c’était, de plus en plus il ne reste rien, confusion et surtout l’étrangeté et du vide. Ce qui a existé, rien,
des passages sans consistance dans l’étendue des jours et des nuits, sans voir ces jours et ces nuits peut-être et maintenant voir chaque heure et chaque heure avec angoisse, chaque journée une
bulle mal mise à profit, sans organisation, sans productivité, sans rentabilité aujourd’hui trop tard et chaque heure devrait être utilisée, compter. Chaque heure dans la crispation de ce qui
ne se fera pas, de ce qui s’installe.

Les organes des sens sont concentrés sur la tête

Une demi heure pour écrire ici. Logiquement sera à reprendre après. J’ai modifié l’aspect de mon avatar , frénétiquement, cherchant à me débarrasser de la tête de renard, de la
queue,  puis jusqu’au moindre détail mais en puisant dans la banque de données rudimentaire, ce qui ne donnait pas de résultats très probants. Autour, quelques autres s’affichaient en
modification d’apparence, comme moi je suppose que je l’étais à leurs yeux  (pointe extèrieure plus vers le bas, plus vers le haut).  Lassée des possibilités limitées en imagination que
j’étais en mesure d’effectuer, je me contentais d’un corps de danseuse du crazy horse, enveloppé d’une combinaison en tapisserie à motifs roses. On verra après. La dernière fois, je volais,
extatique, dans des décors fabuleux : oublié le nom de l’endroit où j’étais né (avatar masculin, une perfection de laideur). Cette fois-ci, une île d’accueil peu enthousiasmante, un parcours
organisé. Essayant la téléportation pendant l’heure qui suivit, j’atterris successivement sur certaines îles coupées du reste du monde, cherchant un lieu avec plus d’animation, de présence, quoi
en réalité. Ces îles pour la plupart affichant des murs transparents : domaine privé. Je me fis notifier l’ordre de déguerpir dans la seconde par un message instantané provenant d’un propriétaire
hargneux, ou de son programme zélé. Fatiguée, je revins sur mon profil pour voir qui avait accepté ma demande d’ami. Il est possible d’afficher les pays visités, les livres lus. Deux personnes
rencontrées que je n’avais pas revues depuis dix ans. On résume en deux phrases. Les amis d’amis ont l’air sympathique en général. Certains font partie de groupes, il faut des groupes, et quel
temps cela leur prend, à eux ? Après deux jours d’acharnement, on oublie. On marche dans la rue. On va voir des possibilités virtuelles réalisées. La demi-heure écoulée, c’est ce que je vais
faire.

Deux choses vues dans la nuit

Après le vacarme, après le grondement  de rue en rue gonflé de rue en rue en une masse de présence continue, après ces heures où on écoute le grondement, quand il n’y a plus
que ces sons solitaires très dessinés, dans leur trajectoire. Le véhicule transporte ses passagers endormis et dans la ville inconnue traverse les cercles de son plan, jusqu’en un centre désigné,
et là, au milieu des échafaudages et de la rue crevée en sable gris,  dans cet espace encore indéfini qui se construit, on voit les hommes qui vont pisser un peu plus loin, et quelques
autres des femmes aussi prennent leurs bagages dans le coffre, et là au milieu du sommeil ils s’en vont. 
Là au milieu du rien du froid au milieu du ciel au milieu de la machine qui gronde, des hublots clôts et des masques en tissu bleu, des corps assis lourds immobiles, au milieu du sommeil
interrompu par cette lumière en face dessous, il y a cette ville trop proche, d’une lumière électrique, trop proche et très dessinée, c’est peut-être elle qui est trop haute, plusieurs villlages
embrumés, et surtout, proches, et surtout, immobiles, sous l’aile.

L’écrit clair

Parler : on ne comprend pas. Si j’écris la langue, alors on peut comprendre. S’il écrit le japonais en phonétique occidentale, alors je comprendrais le sens. Par l’écriture et la lecture, le sens passe forcément puisqu’on peut lire on peut comprendre. L’idéogramme a un sens et son image silencieuse véhicule ce sens, que ce soit sur l’île ou sur l’immense continent. L’écriture de l’autre côté aussi – je comprends toutes les langues écrites du même alphabet que la mienne.

Sangsue ou ver ?

Difficulté de chercher "ver" sur internet : chercher l’image de la photo qui n’a pas été prise. Ver de 10 cm rouge ou sangsue. Plat, couleur orangée, avalant un véritable ver gris épais annelé. Dans cette forêt, sangsue tombant des arbres. Une sangsue peut-elle avaler un ver ? Deux tubes luisants emboîtés digérant lentement. Le prédateur plus plat, légèrement raie, non maritime, forêt des montagnes, noir et orangé, rouge, au centre noir et vers l’extérieur orangé, ou l’inverse, et ver à l’intérieur sortant ou entrant à cette vitesse indétectable.
La "bouche" ou orifice avalant des sangsues : trois crochets l’entourant. Incompatibilité avec orifice engloutissant ver de presque même diamètre.

Clavier automatique

Delà louvoyer sera devenu impossible. Il est temps de refaire le sens de la rue et entendre le roi hurler. Encore une fois jaillir les rincements de bouches et caractères perdus autrement que sans toi avec la foudre et l’hiver. J’approche du centre et ouvertement pouvoir avant devant facile trait du temps, retour haut marin sauvé louve criante et cheveux défaits. Entends le grand ravin, l’aurore voyante, le sens et le sort rompus, l’hiver encore au moment où tu crois que. Même n’en tiens plus compte et retourne en bas retourne au ciel retourne là bas refais ceci cela foudroyer encore pour un avant un après un souffle un cri, un cri renflé au coeur du cri il y a encore tu vois un chant. Lavé vêtue de blanc enchantée enfance même, chèvres calmes vipères dorées grain terrible au delà pourtant de ce chant serait un chant encore et obéis-moi ! obéis-moi ! Y-a-t-il encore quelque chose là, quelque chose encore qu’on entend et encore sans comprendre qu’on en comprend qu’on croierait et pourtant parti glisse souffle oublie-toi ou le encore ça encore maintenant oublie maintenant oublie encore cette statue plantée ici à ta place retourne tords vrille toi secoues /

Rêve : le nomade

Nous sommes sur une des deux faces de la planète. Le soleil, bientôt, passera de l’autre côté. Il faut accéder au sommet, où il y a un col, et un mirador. D’en haut, en se retournant, on voit les engins, des boules volantes équipées de caméras, qui balisent la vallée. L’autre face, personne n’y va, et personne n’en vient, sauf les passeurs. Les passeurs vivent de petit commerce, ils vont à pied, et savent se rendre transparents aux technologies de surveillance. Ils sont tolérés, mal connus, et craints. Je suis avec plusieurs personnes, et nous sommes sur ce sommet entre les deux faces. Nous nous cachons dans le fossé car un passeur arrive. Mais je reste debout, paralysée. Le passeur me regarde, il est immense et noir. Il ne dit rien, mais s’arrête et nous restons face à face. Je n’ai plus peur et tombe dans une sorte d’extase. Il s’en va et me laisse l’esprit ouvert, immense. Le soleil est passé de l’autre côté, et la nuit tombe brusquement, nous devons redescendre. J’ai pris du retard sur les autres, et je cours sur les chemins, il ne faut pas rester dans cette zone la nuit tombée. Mais je sais que rien ne m’arrivera, et je cours n’importe comment, je trébuche et pose mes pieds n’importe où, mes jambes vont dans tous les sens, mais je ne tombe jamais.

Palmes

Le "je" est doté d’un interdit posé dans l’enfance. Cet interdit surgit à chaque début de phrase, dans les lettres surtout. Commencer avec un "je", ça ne se fait pas. Donc trouver toutes les manières de commencer par autre chose. Ce "je", comment s’en débarrasser, et surtout comment se débarrasser de son interdiction qui le rend si gonflé, si marqué, qui le refait surgir encore plus douloureusement, autrement.
Et de nombreuses choses dont il est important de se débarrasser. Plus important que construire, faire le ménage, éliminer, enterrer ces pollutions qui reviennent, qui vous lancent et vous ramènent en arrière, encore.
Dans des filaments de glue, comme ces palmes que je croyais savoir pousser entre mes doigts, de mains et de pieds, et ce tic encore là d’écarter au maximum les doigts pour enrayer la poussée des palmes.