{"id":181,"date":"2006-10-07T00:00:00","date_gmt":"1999-11-29T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/ipazie.over-blog.com\/article-4090826-6.html"},"modified":"2006-10-07T00:00:00","modified_gmt":"1999-11-29T23:00:00","slug":"remonter","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.florencegirardeau.org\/blog\/2006\/10\/remonter\/","title":{"rendered":"Remonter"},"content":{"rendered":"<div>Le village sur un monticule en hauteur, qui domine les alentours ondul&eacute;s. Les vestiges, colonnes, temples, pierres sculpt&eacute;es, s&rsquo;alignent sur un relief. Il y a des cimeti&egrave;res, des catacombes, par des fen&ecirc;tres grillag&eacute;es pour la s&eacute;curit&eacute; de tous, on aper&ccedil;oit ce monde humide sous la terre. Cette ligne de temples est en contrebas du village, mais elle domine encore le paysage. C&rsquo;est l&rsquo;interm&eacute;diaire. En bas, quelques routes, des rivi&egrave;res, des pr&eacute;s secs. Des immeubles en construction, des habitats modernes et laids. Sur le coteau, j&rsquo;ai mal choisi l&rsquo;heure, le soleil est au dessus. Immense. Immenses colonnes o&ugrave; l&rsquo;on acc&egrave;de par les marches trop hautes, passer n&rsquo;importe o&ugrave; l&agrave; o&ugrave; il y avait des murs, s&rsquo;&eacute;chapper de la colossale esplanade par son &eacute;ventrement lat&eacute;ral, tout est ouvert, les trajectoires ne respectent aucun rituel, aucune entr&eacute;e, aucune pri&egrave;re. Les vestiges sont bancals, la terre manque sous leurs bases, et des fosses recueillent leurs pierres taill&eacute;es en vrac, amoncellement en m&eacute;moire.<br \/>Un statue, allong&eacute;e, d&eacute;esse, femme au sexe offert, jambes lourdes et l&rsquo;&eacute;paule, le visage a roul&eacute; quelque part.<\/p>\n<p>Lui, il collectionne ces rocs qui croisent son chemin. Son mus&eacute;e est infiniment lourd, toujours plus lourd. Rocs, tel est ce corps de femme et vu de ses pieds c&rsquo;est un roc repos&eacute;. Avec lui son jumeau dans cet autre pays, une fente de haut en bas, sur cette pierre masse, carr&eacute; arrondi.<\/p>\n<p>Plus haut, en remontant sur la route, le mus&eacute;e avec toutes les choses qui sont plus que de simples pierres de construction. Au clair tout est joliment conserv&eacute;, expos&eacute;, expliqu&eacute;, d&eacute;montr&eacute;. Sc&eacute;nographie de gravures, sculptures, vases pr&eacute;cieux et pierre pr&eacute;cieuse, reconstitutions, bijoux, bols, peignes, miroirs de pierre lisse. Le mus&eacute;e est d&eacute;sert la nuit tombe. Je suis la derni&egrave;re au milieu des surveillants de salle. Il est trop tard pour le bus.<br \/>J&rsquo;essaie de comprendre ce que me dit la vendeuse de tickets du mus&eacute;e, tr&egrave;s r&eacute;ticente &agrave; m&rsquo;expliquer comment rentrer au village. Elle et ses compagnes ne peuvent me regarder directement. <br \/>Je sors, noir complet, pas d&rsquo;arr&ecirc;t de bus, comme promis, sur la route, vers le village. Pas de lune. Je marche sur cette route sans lampadaire, seuls les phares des voitures m&rsquo;&eacute;clairent, m&rsquo;&eacute;claboussent aux yeux des conducteurs. Je me vois par eux. Dans l&rsquo;obscurit&eacute; je suis int&egrave;gre, cach&eacute;e, animale. J&rsquo;&eacute;coute le vent parfois. <br \/>Je m&rsquo;essouffle. Ce souffle. Chaleur &agrave; la peau, pas de couleur qui ne se voie mais mon r&acirc;le. Le corps est bavard. Comme se divise l&rsquo;espace par cette bande goudronn&eacute;e, o&ugrave; rien ne s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve. A sa droite, &agrave; sa gauche. A sa droite le vide ou les choses, &agrave; sa gauche la pente, montante, et ses choses. Tout ce qui m&rsquo;entend souffler. Dissimuler ce souffle, le diviser par une large bande de silence, il d&eacute;borde &agrave; droite et &agrave; gauche.<br \/>Avce les phares je suis un lampion clignotant. Visage\/pas de visage. <br \/>D&eacute;couvert tardivement, la farce de la lampe de poche plac&eacute;e sous le menton pour effrayer ne m&rsquo;a jamais effray&eacute;e, ni fait rire.<br \/>Visage pour les phares. Les phares sont utilis&eacute;s par des personnes aux commandes d&rsquo;une machine, ils leur permettent de voir au devant de cette machine, assez rapidement pour &eacute;viter tout obstacle.<br \/>Visage.<br \/>Je marche sur le sable du bas-c&ocirc;t&eacute; ; parfois il n&rsquo;y a pas d&rsquo;espace o&ugrave; se tenir, je marche sur la route avec des embard&eacute;es dans les foss&eacute;s. La route zigzague toujours en mont&eacute;e abrupte, je fr&ocirc;le arbres et cactus. J&rsquo;ai soif. Autonomie. <br \/>Enfin j&rsquo;atteins une place, des immeubles, c&rsquo;est le bas du village, g&eacute;ographiquement et socialement. Je demande mon chemin &agrave; une vieille bien choisie par mes soins, elle sursaute de ce frais fant&ocirc;me. Jusqu&rsquo;ici une seule route menait vers le haut, mais quand arrivent les places et les ruelles, et les lampadaires, les embranchements foisonnent. La route hors des murs pointait droit vers son but, &agrave; pr&eacute;sent les rues choisissent toutes de contourner la pente.<br \/>Des escaliers raides, couper court, des impasses, l&rsquo;instinct dit : toujours monter. <br \/>Enfin la place aper&ccedil;ue ce matin, me revoil&agrave; dans le plan.<\/div>\n<div class=\"clear center\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le village sur un monticule en hauteur, qui domine les alentours ondul&eacute;s. Les vestiges, colonnes, temples, pierres sculpt&eacute;es, s&rsquo;alignent sur un relief. 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