{"id":179,"date":"2006-10-29T00:00:00","date_gmt":"1999-11-29T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/ipazie.over-blog.com\/article-4353919-6.html"},"modified":"2006-10-29T00:00:00","modified_gmt":"1999-11-29T23:00:00","slug":"revenir","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.florencegirardeau.org\/blog\/2006\/10\/revenir\/","title":{"rendered":"Revenir"},"content":{"rendered":"<div>Sur cette &icirc;le il existe des sens uniques : sur cette &icirc;le certaines routes sont impossibles. Quand deux villes ont trop peu d&rsquo;importance, on oublie les routes qui les relient, elles disparaissent des cartes et des m&eacute;moires, elles disparaissent des possibilit&eacute;s de l&rsquo;imagination. Elles n&rsquo;existent plus. La g&eacute;ographie n&rsquo;est plus celle de la logique, elle devient celle des habitudes, des existences. La route qui relie A de B passe-t-elle le long de la c&ocirc;te ? Zigzague-t-elle le long des flancs de montagnes, passant par des cols et redescendant dans les vall&eacute;es avec des haut-le-c&oelig;ur ? Est- ce une ou plusieurs ? La largeur est-elle suffisante pour que deux v&eacute;hicules se croisent ? Peut-&ecirc;tre s&ucirc;rement que le goudron s&rsquo;&eacute;miette, pos&eacute; une fois pour toute et laiss&eacute; en paix. <br \/>Mais pour je touriste chose qui a perdu la parole au fil des kilom&egrave;tres, les grandes &eacute;tendues de plusieurs heures sans la s&eacute;curit&eacute; pour le sommeil ne s&rsquo;envisagent pas. C&rsquo;est la nuit qui brandit son obscurit&eacute; grouillante. Il y a erreur. Je d&eacute;pends des trajets autoris&eacute;s : je d&eacute;pends des autocars pleins de vieilles qui m&acirc;chouillent leur d&eacute;jeuner emball&eacute; dans du papier alu. Pour rejoindre B s&rsquo;il vous plait ? Ah non, il n&rsquo;y a pas de bus pour B ! il faut passer par Y ! Y, j&rsquo;en viens, il est hors de question de rebrousser chemin, ne serait-ce que pour un d&eacute;tour. Et puis quoi, passer encore une nuit &agrave; Y, revenir dans l&rsquo;h&ocirc;tel minable qui a d&eacute;j&agrave; vu ma solitude ? Le trajet est trop long pour faire en une journ&eacute;e A-Y-B, alors que B est plus proche de A ! Refaire le triangle d&eacute;j&agrave; &agrave; demi trac&eacute; ? On peut apprendre finalement qu&rsquo;il y a un bus qui part maintenant, dans une minute, et qui passe par Y o&ugrave; il fait une halte, pour repartir vers B. Il roulera de nuit. On arrivera au petit matin. On arrivera quand on pourra. Je ne sais plus quand on arrivera. Il suffira de ne pas reconna&icirc;tre Y, il suffira de se laisser glisser au travers d&rsquo;Y, de n&rsquo;y voir que la gare routi&egrave;re, de n&rsquo;y entendre qu&rsquo;une pause du moteur, d&rsquo;attendre calmement au chaud le retour du chauffeur. Oui, je vais m&rsquo;embarquer dans le bus fant&ocirc;me, pour ne pas reconna&icirc;tre les lieux et oublier de toutes mes forces ce deuxi&egrave;me parcours. En sens inverse : ce qui coulait sur mon c&ocirc;t&eacute; arrivera avec fracas devant moi, ce qui fon&ccedil;ait vers moi coulera l&agrave;-bas. Et j&rsquo;ai bien oubli&eacute;, j&rsquo;ai bien ray&eacute; ce retour qui proclamait bien haut ma d&eacute;pendance aux organis&eacute;s, ma petite couardise, ma soumission aux trajets officiels.<\/div>\n<div class=\"clear center\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur cette &icirc;le il existe des sens uniques : sur cette &icirc;le certaines routes sont impossibles. Quand deux villes ont trop peu d&rsquo;importance, on oublie les routes qui les relient, elles disparaissent des cartes et des m&eacute;moires, elles disparaissent des possibilit&eacute;s de l&rsquo;imagination. Elles n&rsquo;existent plus. 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