{"id":175,"date":"2007-01-08T00:00:00","date_gmt":"1999-11-29T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/ipazie.over-blog.com\/article-5179690-6.html"},"modified":"2007-01-08T00:00:00","modified_gmt":"1999-11-29T23:00:00","slug":"gravir","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.florencegirardeau.org\/blog\/2007\/01\/gravir\/","title":{"rendered":"Gravir"},"content":{"rendered":"<p>\t\t\tTu es seule ?<br \/>Oui.<br \/>Tu vas monter jusqu&rsquo;en haut ? Le car ?<br \/>Oui. Non, &agrave; pied.<\/p>\n<div>Elle me pr&ecirc;te son pull. On ne pense pas assez qu&rsquo;un volcan est une montagne, qu&rsquo;il y fait froid. Le froid du vent. Son pull est fin. La douceur des collines ench&acirc;ss&eacute;es qui font le mont. Le froid du vent. La vitesse des brumes. Une mer de brume en grand courant sur les sables gris, sur la cendre, seulement la cendre. Les brumes vraiment des vagues. Comme sur l&rsquo;autre, quand on voit au loin le bouillonnement. Je le fixe le plus intens&eacute;ment possible, imprimer une persistance r&eacute;tinienne. La persistance n&rsquo;ob&eacute;it pas &agrave; la volont&eacute;, des ann&eacute;es apr&egrave;s.<\/p>\n<p>Le chemin large pour les engins forme un ruban plat qui coupe le flanc. Une terrasse qui d&eacute;roule ses virages impassiblement, l&rsquo;un apr&egrave;s l&rsquo;autre. Au tournant se d&eacute;voile le tron&ccedil;on suivant, et l&rsquo;autre virage l&agrave;-bas. Les flancs sont rocheux, des bouillonnements fig&eacute;s qui ne laissent qu&rsquo;une possibilit&eacute; : le gris. Un gris attir&eacute; vers le noir, et sur quelques zones vers la rouille. Le chemin large creus&eacute; se d&eacute;roule. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;elle et moi sur la route, elle est parfois devant, dans mon champ de vision, et c&rsquo;est parfois moi qui occupe le sien. La zone de l&rsquo;entre-deux finit par &ecirc;tre atteinte. Comme une piste de ski, mais gris et d&eacute;serte. Les filets de brumes accourent vers nous, venant d&rsquo;en bas. Ces vents ne sont pas qu&rsquo;air et commencent &agrave; &ecirc;tre souffre. Le souffle essouffl&eacute; de la mont&eacute;e et de l&rsquo;effort s&rsquo;empoisonne de souffre indispensablement aspir&eacute;. Une petite dose, d&rsquo;abord. Les jambes ne s&rsquo;arr&ecirc;tent pas, car il y a un sommet &agrave; atteindre. La journ&eacute;e pour cela. La dose augmente, doucement, au fur et &agrave; mesure que le souffle se fait plus court, plus avide, la dose augmente. Une angoisse pointe sous la fiert&eacute; de monter avec les jambes, de monter pour sentir les &eacute;tapes, le d&eacute;nivel&eacute;, les variations. Une angoisse qui ne sait pas quelle dose atteindra ce souffre, qui ne conna&icirc;t pas la distance ni l&rsquo;effort&nbsp; encore &agrave; fournir. Un air de souffre qui affirme la nature des lieux. Un air qui nous cloue.<br \/>Un plat d&eacute;sert se forme, enclave, r&eacute;gion insoup&ccedil;onn&eacute;e d&rsquo;en bas, d&rsquo;en haut, secret et oasis de poussi&egrave;re au creux. La douce zone entre-deux, la zone de battement. Bien plus &eacute;tendue qu&rsquo;ailleurs, un plateau.<br \/>C&rsquo;est l&agrave; que le d&eacute;sert de souffre et de cendre se d&eacute;ploie.<br \/>Il a encore, comme des mar&eacute;cages, ces &eacute;tendues &agrave; traverser, pour aborder si on en sort un autre flanc &agrave; gravir. <\/p>\n<p>Sommet. Le sommet n&rsquo;existe pas. Quelques cr&ecirc;tes autour de vasques de couleurs, fumant.<\/p>\n<p>Automatismes. Ouverture des portes, laisser sortir avant de monter s&rsquo;il vous plait, se caler su le c&ocirc;t&eacute;, l&rsquo;angle, le tranchant de la porte, dernier passager, &eacute;lan, regard droite-gauche si&egrave;ges libres. Viser. S&rsquo;asseoir, ne pas regarder son voisin d&rsquo;en face trop dans les yeux. Deuxi&egrave;me, sortir, escaliers, monter, couloir, descendre attendre. Sonnerie de porte, monter, trop de monde, attendre debout d&rsquo;arriver.<br \/>Je tiens de ma main gauche la barre raccord&eacute;e au mur, dans le sas o&ugrave; coulissent les deux rames. Les plastiques s&rsquo;embo&icirc;tent pour &eacute;pouser les virages. Entre flanc gauche et dos contre la paroi ; le sol pivote, au calme, dans le roulis. En face de moi, il tient la barre de sa main gauche. Entre flanc gauche et dos contre la paroi. Tous deux en sym&eacute;trie les pieds sur le m&ecirc;me sol. Les virages font varier la distance entre dos et main. Le bras s&rsquo;&eacute;tire et reprend son pliage, de fa&ccedil;on sym&eacute;triquement oppos&eacute;e entre lui et moi. Abandon du corps avec cette main, et ce dos adoss&eacute;, et le tout pivotant. Apr&egrave;s trois stations, je d&eacute;colle. La main l&acirc;che, petit coup du dos pour mettre le corps en marche. Lui, &agrave; la m&ecirc;me seconde, m&ecirc;me mouvement, nos corps apr&egrave;s trois pas se heurtent, au centre exactement, il passe, nous sortons jamais plus revu.<\/div>\n<div class=\"clear center\"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tu es seule ?Oui.Tu vas monter jusqu&rsquo;en haut ? Le car ?Oui. Non, &agrave; pied. Elle me pr&ecirc;te son pull. On ne pense pas assez qu&rsquo;un volcan est une montagne, qu&rsquo;il y fait froid. Le froid du vent. Son pull est fin. La douceur des collines ench&acirc;ss&eacute;es qui font le mont. Le froid du vent. 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